|
|
|
|
|
|
|
|
|
| Une société qui garde beaucoup de ses mystères...
Il peut paraître assez difficile, deux millénaires après, de parler de la société celte. Celle ci nous reste sur certains points encore relativement inconnue, même si les travaux les plus récents permettent de cerner de mieux en mieux la nature et la réalité de cette société (voir l'exemple de la Belgique celtique, texte de Georges Timmermans). L'Ecosse clanique et l'Irlande gaélique, qui survécurent dans certaines zones reculées jusque aux XVIIe - XVIIIe siècles, fournissent de bonnes indications, mais les sociétés celtes insulaires ont toujours été assez particulières, à la marge du monde celte. Pour se renseigner sur la Gaule, les textes sont assez rares, et les seuls témoignages précis sont ceux de quelques romains ou grecs ayant été au contact des tribus gauloises. L'un d'entre eux, celui de César lui même, dans ses "Guerres des Gaules", fournit beaucoup d'indications très précieuses. Il est cependant à prendre et a toujours été pris avec un certain recul par les historiens, César ayant souvent été soupçonné d'avoir forcé le trait dans ses descriptions des gaulois afin de les rendre plus impressionants pour ses concitoyens, conférant ainsi à sa victoire sur ces "barbares" plus de valeur. La société celte païenne était elle
plus violente que la société chrétienne ?
|
Les sacrifices humains, mythe ou réalité ? (dessin D. Guisérix) |
Jamais les celtes n'ont
tué au nom du paganisme druidique : le fanatisme religieux est un
phénomène monothéiste, lié à la structure
intrinsèquement close du discours de ce type de religion, fondé
sur un principe moniste et exclusif : s'il n'y a qu'un seul Dieu (avec
un "D"), c'est que c'est forcément le meilleur, et pour tout le
monde. Léon Poliakov, dans son Histoire de l'antisémitisme,
fait remarquer que le monde chrétien se voulait dès les origines
bati sur la morale d'un texte pronant l'amour du prochain, le partage,
et le rejet de la violence, alors que l'Islam, par le Coran, disposait
d'un texte au contenu plus vindicatif, plus conquérant, guerrier
et pronant la Djihad. Pourtant, c'est en occident que le fanatisme
et l'intolérance apparurent en premier lieu. Les massacres et les
pillages qui accompagnèrent les croisades en sont le témoin.
Des cas de barbarie innommables furent rapportés à la prise
d'Antioche en 1098 par les francs. On signale des cas de cannibalisme massif
à Maara, les arabes insistant souvent dans leur description sur
le caractère littéralement barbare des croisés francs
(Voir les croisades vues par les Arabes, par Amin Maalouf, Lattès
Paris 1983).
De manière générale, on peut dire que la société celte ne fut pas plus violente que n'importe quelle société antique, ou que n'importe quelle société. Elle ne fut certainement pas plus violente que notre monde actuel. Elle fut différente, et c'est pourquoi elle reste inhabituelle pour nous. L'objet de ce site est aussi de la réhabiliter. |
| La tri-partition de la société celte
Comme toute société indo européenne, elle était divisée en trois ordres, trois fonctions : spirituelle, guerrière, et productrice. Toutes avaient un rôle bien défini, mais n'étaient pas forcément hermétiques. La société n'était pas sclérosée, et il était possible à un paysan de devenir noble ou druide. Si dans la majorité des cas, un bon roi était fils de roi, et un druide fils de druide, la tradition n'était pas absolument contraignante. Car si certains ont pu véhiculer à propos des celtes l'image d'une élite guerrière et spirituelle maintenant la plèble dans l'oppression, cette vision trop teintée par notre histoire médiévale et par la réalité romaine a été dépassée par les travaux les plus récents. 1 - la classe productrice |
| Cette "classe" productrice restait assez silencieuse, sinon soumise, mais il ne s'est en aucun agi d'esclavage ou même de servage. Si certains détenaient la réalité du pouvoir politique, les artisans et cultivateurs n'en étaient pas moins très estimés pour leurs compétences, surtout si l'on a l'esprit les qualités de ces artisans celtes, dont les productions qui s'apparentent à de véritables oeuvres d'arts iront bien au delà de la zone de population, et souvent au delà des limites de l'Europe (cliquez ici pour voir quelques magnifiques exemples de l'habileté des artistes celtes). Ch. J. Guyonvarc'h et F. Le Roux l'exposent ainsi : " si elle assigne à chacun une place précise selon son rang ou son mérite, l'Irlande ignore - comme devait l'ignorer la Gaule - la définition romaine des artes liberales et des artes serviles. Etait honorable et honoré quiconque était détenteur d'un savoir ou d'un savoir faire, intellectuel ou manuel. Il faisait partie des àes dàna ou "gens d'art" et il est prévu le cas ou un forgeron a droit, à cause de sa compétence professionnelle, au titre de "docteur" (ollam), ou même de druide (druigoba), le nom du druide étant ici un simple préfixe superlatif". Aristocratie il y avait donc, mais point de tyrannie, et sur bien des aspects, la société celte antique apparaît moins inégalitaire que la société médievale. |
![]() |
| Quant à la composition de cette classe productrice, on a pu par le passé penser qu'elle provenait des peuplades originelles envahies et soumises. Outre qu'une telle situation ne peut subsister que quelques générations (comme ce fut le cas pour les francs lors des invasions germaniques, qui furent rapidement mélés aux populations gallo-romaine de souche) rien actuellement ne permet de dresser un schéma aussi simpliste. |
Guerrier celte, illustration Didier Guiserix, extraite de Légendes celtiques, Descartes éditeur |
2 - La classe guerrière
Dans l'importance matérielle, la classe guerrière arrivait en tête : soumise à des attaques régulières, la survie de chaque "cité" gauloise dépendait de cette élite armée. Les celtes construisaient pour se défendre des forteresses, "oppida", ou se regroupait l'ensemble de la tribu, ou encore des forts ou des places fortifiées à vocation uniquement militaires (Cliquez ici pour en voir quelques exemples). C'est réfugié dans celle d'Alésia que Vercingétorix finit par se rendre à César. Mais c'est grâce à celle de Gergovie qu'il infligea à César sa plus grande défaite. La Tribu avait à sa tête un roi ("Rix", "Ri" en gaëlique) généralement élu par les nobles, au moins dans la période la plus ancienne de la monarchie, sous le contrôle des druides. Le pouvoir politique résidait entre ses mains, mais n'avait rien d'absolu : le roi aussi était soumis à de nombreuses règles, interdits (Les geis, gaesa en Irlande) ou obligations à caractère magique, qui encadraient ce pouvoir. Et la violation de ces interdits entrainaient souvent la perte du pouvoir pour ce roi. Il n'était pas rare que ce roi soit renversé par un guerrier plus jeune et plus fort que lui. Une coutume en particulier, Curadmir, "la part du champion" (petit lexique celte) consistait lors du banquet à réserver la meilleure part au plus fort des guerrier, généralement le chef, libre à n'importe lequel des convives de la revendiquer, quitte à en découdre physiquement pour décider qui serait le plus fort. Le roi celte n'avait de pouvoir que politique, la sphère religieuse restant totalement hors de son empire. Maître de ses guerriers et de ses clients, le pouvoir spirituel ne lui était en aucun cas soumis, au contraire. Le chef devait souvent s'incliner devant la volonté des druides. |
| L'organisation hiérarchique
se présentait de manière assez classique, chaque roi ayant
à son service un certain nombre de nobles, chacun d'entre eux pouvant
compter sur la fidélité d'un certain nombre "d'ambacts" (petit
lexique celte). Comme dans la plupart des sociétés antiques,
les rapports de hiérarchie sociale étaient donc fondés
sur une idée de puissance physique, et tout homme ne valait qu'autant
qu'il puisse avoir une utilité guerrière pour la collectivité.
Ainsi, l'infirme, donc en principe inapte au combat, ne pouvait rester
sur son trône, et a fortiori devenir roi. Nuada, le roi des
Tuatha
Dé Danann, dans le cycle mythologique du Lebor Gabala,
le Livre des conquètes, perdit son bras à la bataille de
Mag Tured, bien qu'il fut vainqueur. Il perdit alors le trône, mais
le regagna peu après, contournant l'interdiction en se faisant fabriquer
un bras en argent par Dian Cecht (pour le récit de ce cycle, voyez
le dossier consacrée aux Thuatha Dé
Danann dans la partie religion, et le site du maître
des clefs pour une version complète du Lebor Gabala)
.
Ce système de valeurs peut paraître primitif, mais à bien y réfléchir, la citoyenneté athénienne, sur un mode certes différent, y faisait appel, car ce qui caractérisait l'athénien par rapport au "métèque" et qui lui donnait donc le droit de participer à la vie |
| publique, c'était le fait que le citoyen ait à
participer à la défense de la cité. De plus, ces moeurs
qui peuvent sembler marquées par la brutalité restaient malgré
tout entourée par des règles morales et religieuses. Ces
règles différaient évidemment profondément
de celles que nous imposent nos valeurs judéo-chrétiennes,
mais existaient tout de même, en raison du contrôle puissant
qu'exerçaient les druides sur l'activité des hommes.
3 - L'importance de la classe sacerdotale
|
druide, dessin D. Guiserix |
L'attaque des druides réfugiés sur l'île d'Anglesey, en 61 après J.C. Les romains, particulièrement sauvages, massacrèrent femme et enfants |
Peut-être plus que celle chef, sa parole était respectée, car même si le roi détenait le pouvoir de décision, l'autorité morale du druide était immense ; il est probable que rien ne se faisait contre son avis. De plus, lorsqu'une question était débattue, il était toujours celui qui prenait la parole le premier, avant même le roi. La société celte avait constitué la classe sacerdotale en un véritable instrument de pouvoir politique, bien plus que la société médiévale, ou coupée des réalités, elle avait fini par n'avoir d'autorité que dans l'espace que lui laissait l'aristocratie. César ne s'y trompa pas, et plus que dans ses chefs, il vit dans les prêtres des celtes les ennemis à abattre, la liberté spirituelle devenant garante de leur indépendance politique. Lors de la Guerre des Gaules, il n'eut de cesse de lutter contre les druides, les pourchassant sans relâche. Et lorsque les Romains envahirent la Bretagne insulaire, ils massacrèrent les druides (souvent originaires de gaules, chassés par la colonisation romaine) réfugiés sur l'île de Mona (Anglesey), en mer d'Irlande (voir image ci-contre). |
| Les interdits religieux régissaient donc aussi la vie sociale. L'un d'entre eux, notable, a fait couler beaucoup d'encre (!) : l'interdiction de l'écrit. Les celtes considéraient en effet la tradition orale comme signe de la vie, de l'évolution du savoir, et la fixité de l'écrit, son intangibilité se trouvait être assimilée à la mort. L'écriture était donc prohibée pour quoi que ce soit, vie spirituelle comme matérielle. Il ne faut pas voir là une quelconque infériorité culturelle : il exista bien un alphabet celte tardivement en Irlande, dit alphabet oghamique (du dieu Ogma), mais son utilisation était reservée à certaines rares hypothèses : inscriptions funéraires, certaines formules sacrées... C'est pourquoi au contraire des sociétés romaines ou grecques, le monde celte nous est si mal connu. Non pas que les celtes, à tout le moins leurs érudits, fussent illétrés (d'autant plus que les druides gaulois connaissaient généralement le grec ou le latin), mais la vie spirituelle débordant largement sur le plan matériel, l'interdit religieux prenait le pas sur certaines nécessités matérielles. Seule la colonisation et les premier écrits en caractères latins donnent quelques indications, mais ils restent rares. Un ouvrage les a recensé (Jean Paul savignac, les Gaulois, leurs écrits retrouvés : Cecos ac Caesar, Merde à César, La Différence, Paris 1994). |
L'écriture oghamique, faite d'une succesion de traits paralèlles sur une ligne, est apparue en Irlande. |
La harpe de Brian Boru |
La société celte se caractérisait en revanche par un gout profond pour la musique et la poésie, illustration de la transmission orale de leur savoir. La métrique et les rimes servaient ainsi à mémoriser les légendes, formules magiques, et tous les savoirs divers. Une classe particulière de druides, les bardes, officiait dans la cour des princes celtes, interprétant les aventures des dieux des héros légendaires. La tradition bardique survécut à la disparition du druidisme théologique, et renaît de nos jours avec le renouveau de la musique traditionelle celte. C'est cette renaissance, témoin de la vivacité de la culture celte, qui est certainement à l'origine de l'engouement pour le monde celte en général (photo ci-contre : "Harpe de Brian Boru", célèbre chef Gaélique, roi de Tara, qui résistat victorieusement aux invasions scandinaves au Xe-XIe siècles. Cette attribution populaire est en réalité tout à fait éronnée, puisque cet instrument, conservé à la bibliothèque de Trinity College à Dublin, date des XVe ou XVIe siècle, âge vénérable au demeurant). Le chant et la poésie recouvraient et recouvrent encore beaucoup d'importance chez les peuples celtes |
|
Le monde celte, une société de commerce Le monde celte fut donc une société spirituelle, mais aussi commerciale. Les échanges furent intenses, les produits celtes (matières premières et produits finis) étant très prisés des monarques et des privilégiés du bassin méditéranéen (voir la carte des routes commerciales). On a retrouvé de nombreux objets celtes d'ornement ou d'usage courant dans des régions assez éloignées des zones de peuplement celte (Grèce, Danemark, Italie, ...). La cour des princes celtes, au cours de cet "âge d'or" regorgeait sans doute de nombreuses richesses, et les convois de marchands divers sillonaient la Gaule bien plus surement qu'à certaines époques du moyen âge. Les échanges n'étaient d'ailleurs pas à sens unique, puisqu'on a retrouvé de nombreux objets grecs dans les tombes des rois gaulois, comme le cratère de Vix. Le mode de vie des celtes
Une société soudée, mais un environnement
politique divisé
La femme celte
|
|
|