| Une petite introduction nécessaire...
Une "race" celte ?
Lorsqu'on évoque
les notions de celtes, de celtisme, de celticité, de celtitude,
de celtomanie, la première chose à comprendre est que l'on
ne parle pas de race. Il n'y a pas de "race" celte, ni même de type
morphologique celte. le Celte n'a aucun marqueur génétique
particulier par rapport à ses camarades indo-européens (la
blondeur légendaire des gaulois était d'ailleurs en général
obtenue par décoloration des cheveux à la chaux), et ne se
démarque pas beaucoup dans ses caractères physiques d'un
nordique ou d'un latin.
Appréhender la question
celte, c'est d'abord et surtout lui reconnaître une culture propre.
Ni meilleure ni moins bonne que les autres, mais différente, en
ce sens que chaque civilisation n'est pas réductible à une
autre. Les nostalgiques d'une certaine "pureté" ne trouveront donc
ici aucun des arguments cher à leur coeur sur la spécificité
ethnique des celtes. Être celte, de nos jours, ce n'est plus avoir
quarante générations de vannetais derrière soit, c'est
au contraire reconnaître que Kofi Yam-Gnane fait un excellent député-maire
breton, et se rappeler qu'après tout, Eamon de Valera, le premier
Président de la République irlandaise, était né
de père espagnol aux Etats-Unis.
Cependant, pour affronter
la mondialisation (le concept d'"internationalisation" est préférable)
et le brassage culturel qui ne manquera pas de s'ensuivre, il faut savoir
de quoi on parle. Pour faire une bonne bière, il faut aussi connaître
l'orge que l'on brasse.
Donc, s'il est souhaitable
que ce brassage se produise, pour l'aborder, il n'est pas inutile de se
pencher sur ce peuple de l'antiquité qui constitue une part importante
de l'histoire des vieilles nations européennes. Quoi qu'en dise
une partie un peu hystérique de la gauche et une bonne partie de
la droite réactionnaire, ce n'est pas un crime que de se rappeler
d'ou l'on vient pour mieux comprendre ou l'on va. Qui n'a pas de mémoire
n'a pas d'avenir, écrivait Primo Levi.
Les Celtes, oubliés de l'histoire
Les celtes ont donc occupé
la plus grande partie de l'Europe occidentale pendant une période
de plusieurs siècle. Les invasions qui se produisirent peu avant
et après le début de l'ère chrétienne finirent
par confiner leur sphère d'influence culturelle et politique à
quelques parties reculées du continent (au sens géographique),
dans les îles ou les péninsules. Mais leur souvenir ne s'est
jamais éteint, et nombreux sont ceux qui se revendiquent aujourd'hui
de leur héritage.
La postérité ne leur a pas toujours
reconnu les qualités qui étaient les leurs, elle s'est
souvent au contraire employée à les taxer de barbares incultes,
en tout cas jusqu'au XIXe siècle : au mieux plongés dans
l'oubli, au pire décrit commes des brutes sanguinaires (pour une
vision haute en couleur de la barbarie des celtes, voir l'ouvrage de François
Pichon, Histoire barbare des français, Seghers, Paris 1954).
Les études récentes ont permis de dépasser ces clichés,
et de découvrir les aspects les plus positifs d'une civilisation
qui, si elle a manqué d'unité politique, et c'est sans doute
ce qui a pu causer sa perte, n'a jamais manqué d'une profonde intensité
spirituelle. C'est ce qui fait que certains, dont votre serviteur, trouvent
à s'y enthousiasmer aujourd'hui. |