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L’interdisciplinarité entre l’archéologie,
les sciences de la nature et diverses autres techniques, permettent actuellement
une meilleure lecture du matériel des fouilles effectuées
en Belgique. Le paysage reconstitué permet de préciser les
régions où l’élevage, la culture des céréales,
ou l’exploitation forestière étaient dominants. Nous sommes
bien loin d’une Belgique couverte essentiellement d’une forêt impénétrable
et de terres marécageuses.
La "question" celte Le misérabilisme de beaucoup d’historiens du XIX siècle a renforcé l’image rustique du « barbare », vivant près de la nature, avec comme seule contre partie un mode de vie plus « moral », loin de la décadence du conquérant romain. Les erreurs celtomanes ou « germanomanes » s’expliquent aussi, comme nous allons le voir, dans des dérives idéologiques modernes manipulant la réalité historique pour glorifier Romains et Germains aux dépens des Gaulois. A qui profite le crime ? Il profite tout d’abord à l’Eglise catholique et romaine car elle s’est toujours voulue l’héritière de la Rome antique. Le Pape étant devenu, à la fin de l’Empire romain, le jumeau spirituel de l’empereur. Il profite à l’Etat laïc ensuite, car il retrouve dans la romanisation de la société celtique et la grandeur de l’administration romaine, le modèle, les vertus et la justification de son propre pouvoir centralisateur. Il profite enfin à des idéologies racistes glorifiant les Germains comme les plus purs représentant des aryens blonds aux yeux bleus et les opposants aux Celtes de Gaule, vus comme amollis et métissés. En 1860, un Professeur de l’Université de Gand, membre de l’Académie royale de Belgique, du nom de Moke considérait qu’il n’y avait en Belgique qu’une race, blanche, pure et dominante, dont les Germains seraient les meilleurs représentants du fait qu’ils sont (toujours selon cet auteur) doués d’un ordre social et d’une religion proche du monothéisme Toujours selon lui, les Germains possédaient la « première base de la constitution de l’Europe germanique » qui était l’élection du « chef » par le peuple. Moke considérait que les Germains « conservaient l’ensemble des grands principes de vertus qui avaient fait pour les peuples purs la base religieuse de la vie humaine, le flambeau civilisateur était bien dans les mains du peuple blond par excellence. » Et, pour Moke, l’ajout de dieux tels que Wotan, Thor ou Donar serait une altération de leur religion primitive. Pourtant, on savait déjà à cette époque que l’organisation sociale et les croyances des Celtes de Germanie ne différaient pas beaucoup de celles des Celtes de Gaule. Malgré leur absence de base historique, les
idées de Moke allaient malheureusement faire leur chemin. Continuons
à en démonter le mécanisme pervers. Ch.Vercamer, ancien
préfet des études et professeur de rhétorique, auteur
du « Catéchisme de morale universelle (Paris 1867) et de «
l’Histoire » (depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1880)
du Peuple Belge et de ses institutions racontées à la jeunesse(1880)
relance l’idée de la barbarie des Germains, mais en la magnifiant
et en l’excusant par la jeunesse de ce peuple. Le barbare est donc un grand
enfant, exubérant, destructeur peut-être mais qui pèche
uniquement par ignorance, ce qui explique que, lorsque les missionnaires
viendront l’évangéliser, il sera prêt à se convertir
au christianisme.
Cette idée d’enfance liée au Barbare
sous-entend que d’autres peuples (comme les Romains) sont entrés
en décadence du fait de leur trop grande durée. « Il
en est d’un peuple comme d’un simple particulier tous deux ont leur enfance,
leur jeunesse, leur âge mûr et leur vieillesse. » D’où
la conclusion que l’arrivée providentielle du barbare va pouvoir
« régénérer »l’Empire romain. Qui était
près de passer par toutes les phases d’une vieillesse décrépite,
pour disparaître ensuite.
Cette approche germanophile qui cherche à « germaniser » une partie de la Belgique (mais aussi de la France avec l’Alsace Lorraine), correspond à l’expression d’un courant de pensée nationaliste allié à l’obsession morbide de la pureté de la race qui s’exprimera malheureusement à travers différentes guerres (1870,1914,1940). Et, à côté des « germanophiles », on trouve symétriquement des celtomanes dont le délire interprétatif est tout aussi condamnable. Ainsi peu après la première guerre mondiale, Nève, licencié en sciences morales et historiques, publie « Deux mille ans de l’Histoire des Belges » (1924). Il montre que l’industrie et les relations commerciales étaient prospères avant la conquête romaine, l’abondance du monnayage d’or chez les Nerviens, les Trévires, les Morins…fournit en effet la preuve de l’intensité de la circulation monétaire et de l’extension des relations économiques des tribus belges. Les pauvres Belges qui ne cultivaient que quelques pauvres lopins de seigle et d’avoine ne sont plus des barbares avinés, tuant le temps et leurs semblables dans d’interminables banquets. Ces Belges-ci, sont magnifiés par rapport aux populations néolithiques auxquelles ils ont succédé. Ce sont de grands civilisateurs, joignant l’exploitation des richesses d’un sol fertile à une meilleure rentabilité. Physiquement le pays a subi la même transformation, la même idéalisation : les forêts entrecoupées de marécages sont décrites cette fois comme une vaste région couverte d’un océan de verdure donnant à la Belgique un visage doux et majestueux, mêlant jolies rivières, fleuves indolents et opulente végétation forestière. Nève, oublie fort partialement les apports germaniques à la construction de la Belgique. Du « tout germanique » de Moke et Vercarner, on est passé au « tout celtique ». Pour Nève, les Belges sont les plus Celtes des Celtes et il fait appel à des historiens allemands comme Zeuss pour conforter ses théories. Zeuss : « Les Belges dans toute leur extension au temps de César, ne sont plus des Germains, les faire descendre d’une souche germanique est une fable. » En 1936, une Histoire de Belgique , reprend les mêmes clichés sur des guerriers grands et blonds, braves et courageux, l’inévitable banquet, sans oublier les Druides cueilleurs de gui….Ce manuel, malgré ses insuffisances sera réédité et utilisé jusque vers 1950. Tous ces livres s’adressaient au plus grand nombre et servaient de références aux enseignants, ces manipulations de l’histoire nationale belge n’en sont que plus graves, même si leur contenu en fut souvent adapté, à l’évolution de la société, et/ou au groupe social considéré. En 1995, Les grands Mythes de l’Histoire de Belgique (sous la direction d’Anne Morelli, chargée de cours à l’Université Libre de Bruxelles) consacre un chapitre aux anciens Belges et pourfend un certain nombre de ces mythes idéologiques. De même , les auteurs font un parallèle très intéressant avec la colonisation des territoires américains. « Les tribus, toujours diabolisées, trahies par leurs frères de race, conquises dans le sang et mythifiée pour ne pas dire statufiées en modèles de bravoure et vertu guerrière : le courage des massacrés dédouanant les conquérants du sang versé… les indigènes sont ainsi brutalement vidés de leur identité et jetés dans le fleuve de l’histoire avec une sauvagerie que l’on connaît bien. » Aujourd’hui beaucoup de scientifiques se démarquent
de ces anciens discours de vulgarisation. Mais il n’en a pas toujours été
ainsi. Il y eut des associations, tant en France qu’en Belgique, qui les
cautionnèrent jusqu’au début du XX° siècle. Comme
le rappelle Venceslas Kruta, « L’archéologie façonne
ainsi peu à peu une nouvelle image, riche de révélations,
et de détails, de l’ancien peuplement celtique. On ne peut qu’admirer
le travail accompli et congratuler ceux qui en furent les artisans. »
Les Celtes du Nord et leur environnement Malgré le peu d’informations, les sites étudiés
confirment que les civilisations celtes se sont développées
dans un paysage semi-naturel. Suite à l’analyse de sédiments
prélevés dans la vallée de l’Escaut, au nord de Tournai,
il se confirme que les forêts et cultures étaient présentes.
Le pollen de céréales mélangé à ceux
d’arbres comme les aulnes, noisetiers, hêtres, chênes, ormes,
tilleuls, en témoigne. Mais, malgré la présence sporadique
de pollen de céréales, on ne peut conclure à une prédominance
d’une économie pastorale, les sites étudiés et la
plupart des habitats étant situés dans des vallées
peu propices à l’agriculture.
Hainaut belge et l’Entre-Sambre et Meuse à l’époque de La Tène Le hasard des travaux et l’intérêt des
chercheurs locaux sont seuls à l’origine des découvertes.
Malgré ce handicap, plusieurs observations peuvent être faites.
Nécropoles et rites funéraires La plupart des nécropoles sont datées
de la fin de La Tène ancienne au début de La Tène
finale et sont concentrées dans le bassin de la rivière la
Haine, où les sites d’habitat ne sont pas très nombreux.
Deux tombes à char, ayant probablement dû appartenir à
un ou plusieurs riches guerriers, renfermaient des anneaux de rênes
et des goupilles d’essieux ornées d’un masque humain proche de productions
d’Europe orientale. Le char de combat ou de parade à deux roues,
était du type de celui du début de La Tène, tels ceux
trouvés en Champagne et dans les Ardennes belges. Ces deux sépultures
font partie d’un groupe de tombes à char de La Tène moyenne
et finale située de part et d’autre de la frontière franco-belge.
Tout ceci indique la présence d’une aristocratie gauloise dans cette
région, qui, pour maintenir son train de vie, entretenait des échanges
complexes avec les Celtes plus à l’est.
Le trésor de Frasnes-Lez Buissenal dans le Hainaut belge Il fut trouvé, le 5 février 1864, près
d’une source appelée « Fontaine d’enfer ». Il était
composé d’une cinquantaine de pièces de monnaie en or et
accompagné de deux torques. Après maintes pérégrinations,
ils furent vendus en 1953 à un collectionneur New-yorkais…De la
cinquantaine de pièces de monnaie en or initiale, il n’en restait
alors que neuf. Les torques, probablement un dépôt votif de
–200 environ furent exposés au Metropolitan Museum of Art de New
York. Leur décor est fait de motifs géométriques,
d’une tête de bélier surmontant un corps serpentiforme et
terminé par un bec de rapace, une des variantes des gardiens de
l’Arbre de vie. Ces motifs, ainsi que le cheval à tête humaine,
sont des inventions purement celtiques vers –300, où ils ornaient
couramment les fourreaux d’épées.
Les deux Flandres Le paysage a aujourd’hui fortement évolué,
transformant radicalement la topographie de la période de La Tène.
A l’époque, des dénivellations sableuses et sèches
entre les zones humides, permettaient la concentration d’habitats et de
nécropoles, qui date de La Tène, moyenne et finale.
Fortifications celtiques dans l’Ouest de la Belgique Les forteresses de La Tène sont nombreuses,
et presque toujours situées en hauteur.
Les rites funéraires laténiens en Ardennes belge A l’arrivée de populations de la région
du Rhin moyen (Hunsrûck-Eifel), de la Champagne ou de l’Ardenne
Française, la contrée ne semblait pas avoir été
occupée, ce qui permit aux nouveaux habitants de conserver, leurs
rites et coutumes. Ces populations se distinguent des groupes qui occupaient
le reste de la Belgique à la même époque, mais ils
ne sont connus que par leurs cimetières, car les habitats sont difficiles
à découvrir.
Nécropoles et tombes aristocratiques dans le Limbourg belge Les tombes de Wijshagen et d’Eigenbilzen, démontrent
par leur mobilier funéraire extraordinaire que la région
mosane (dans le nord-est de la Belgique) occupait une place importante
à l’époque de La Tène. Elles se raccordent aux riches
tombes hallstattiennes en Autriche et en Allemagne ou à la sépulture
de Vix en Bourgogne. La présence d’une corne à boire ornée
d’un bandeau ciselé en or, montre que le seigneur d’Eigenbilzen
fut membre de la plus haute aristocratie de l’époque. La Zone rhénano-mosane
et la zone mosane belgo-hollandaise semblent avoir constitué un
couloir d’échanges entre les cultures et les productions des Pays-Bas,
de l’Allemagne, de celles du nord de la France en passant par la vallée
de l’Escaut, et celles du groupe « Rhin/Suisse/France orientale ».
Un "fait divers tragique" Le site de Nekkersspoel sur le cours de la rivière
la Dyle, en territoire nervien, était constitué de huttes
rectangulaires, bâties en bordure d’un étang assez étendu.
Pour les transports et les déplacements, la population employait
des longues pirogues (près de 8,5 m ) creusées dans un tronc
de chêne. Ces habitants pratiquaient l’élevage de bovins de
petite taille, de chevaux, de porcs, de chèvres et chiens, ainsi
que la culture des céréales. La récolte de fruits
sauvages complétait leur menu quotidien. Quand l’attaque eut lieu,
les habitants vaquaient-ils à leurs occupations ?Vendetta, groupe
ennemi ? Nul ne le saura, la fin fut dramatique en tout cas. Trois ou quatre
adultes, un adolescent, un ou deux enfants sont tombés à
l’eau, probablement lors de l’attaque. Et, parmi les décombres des
huttes détruites par l’incendie, les archéologues retrouvèrent
des squelettes côtoyant des planches de pin et des objets d’usage
quotidien.
Asse Borgstad Pour terminer, évoquons un site d’une
grande importance, sur lequel, faute de moyens sans doute, personne ne
semble prêt à reprendre des fouilles approfondies. Le site
du Borgstad est situé en territoire nervien, à l’extérieur
du bourg de Asse, à 8 km. De Bruxelles, entre les rivières
Senne et Dyle. C’est un oppidum de 42 hectares, il est relié à
Bavay par une chaussée romaine tirée au cordeau, qui, dans
l’autre sens, continuait dans la direction d’Utrecht.
En conclusion Nous citerons les propos de M.Riquet (l’adjoint au
Maire de Valenciennes) dans la préface du catalogue de l’exposition
de 1990-1991 Les Celtes en France du Nord et en Belgique du VI/I siècle
avant J.C. : « …nous redécouvrons (ainsi) leur culture (celtique)
différente, mais d’une modernité surprenante, et où
nous retrouvons aussi nos vraies racines. »
Georges Timmermans
Bibliographie - Mme. Cahen-Delhaye, Occupation du sol en Hainaut Belge et dans
l’Entre-Sambre-et Meuse.
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